Circular CLT, vers une filière bois intégrée à Bruxelles

Professionnel de la construction bois depuis plus de 17 ans, Benoît Hargot est l’un des créateurs de la société Circular Timber en 2024 et de son label Circular CLT, lesquels ont pour objectif principal le stockage durable du carbone sous forme de bois. L’idée maîtresse de ces projets est de développer une filière d’économie circulaire à partir des chutes de production de panneaux CLT (Cross Laminated Timber) auparavant brûlées et de bois de déconstruction actuels, mais surtout futurs avec l’essor des constructions «Mass Timber». 
Outre des exigences techniques spécifiques, l’une des spécificités de cette initiative réside dans la mise en place d’incitants «gagnants-gagnants» visant à mobiliser, motiver et engager les industriels dans cette voie circulaire pour la valorisation de leurs déchets.
C’est ce à quoi s’emploient Benoît Hargot et son équipe. Témoignage d’une filière émergente.

Prolonger la vie du bois

Nourrie par ses années d’expérience, la vision entrepreneuriale de Benoît Hargot se fonde avant tout sur la conscience profonde de la valeur du bois de récupération, en particulier pour sa capacité de stockage de carbone.

Benoît Hargot : «Aujourd’hui, compte tenu des enjeux climatiques, il est inacceptable d’envoyer en déchèterie du bois “neuf”, tout chaud sorti d’usine, qui va être directement brûlé et qui va libérer du carbone emmagasiné pendant des dizaines d’années, alors que le matériau est encore largement exploitable. Tout notre projet d’entreprise repose sur cette conviction : le bois de construction doit être récupéré et réutilisé pour profiter le plus longtemps possible de son avantage salutaire de stockage de carbone sous sa forme bois en prolongeant au maximum sa chaîne de valeur pour ne se résoudre au bois énergie qu’en toute fin de ses multiples vies.

Le panneau CLT est le produit d’ingénierie du bois qui permet, depuis plus de 10 ans maintenant, cette indispensable évolution des matériaux de structure, jusqu’ici accaparés par le béton et l’acier, lesquels ont évidemment leurs avantages mais qui génèrent une empreinte carbone insoutenable.

Nous voulons maintenant pousser le secteur à aller jusqu’au bout de la démarche en reconsidérant la gestion des chutes de production, issues principalement de l’usinage de portes et fenêtres dans les panneaux “master”. Ce bois neuf fraîchement sorti de forêt, transporté, scié, trié, séché, purgé, calibré, abouté, collé, contrôlé, etc., offre (non sans effort et la mise en place de business models innovants) un très grand potentiel de réutilisation.»

Une ressource à haut potentiel

Techniquement, la solution du CLT est effectivement très convaincante. Constitué de planches de bois contrecollées et croisées, ce matériau est aujourd’hui l’un des produits de base de l’ingénierie de construction bois. Il représente une réelle alternative au béton et à l’acier, et ce bien au-delà de la technique de l’ossature bois, établie depuis une trentaine d’années.

Cela étant, les process industriels de fabrication, d’usinage et de logistique ne permettent pas à ce jour une exploitation de tout son potentiel. Environ 5 à 7 % de la production est ainsi perdue et brûlée sous forme de bois énergie pour produire de l’électricité ou de la chaleur. Or, ce sont des centaines de milliers de mètres cubes de bois CLT qui sont produits dans le monde chaque année. Le volume de chutes généré représente donc un potentiel extrêmement important tant en termes de stockage de carbone que de réutilisation, mais aussi un enjeu fort pour réduire la pression pesant sur les forêts.

C’est donc ce défi que relèvent aujourd’hui Benoît Hargot et son équipe en mettant en place cette filière de récupération, de transformation et de valorisation des chutes de bois CLT.

Faire vivre un écosystème

Le potentiel circulaire et l’expertise technique se rencontrent donc parfaitement dans ce projet. Mais, pour pérenniser ce modèle économique vertueux, le principal challenge qu’ambitionne de relever la société Circular Timber, c’est précisément la mise en place de cette filière qui garantira un approvisionnement suffisant pour convaincre les grands donneurs d’ordre du secteur de la construction.

Benoît Hargot : «Ce système requiert effectivement une grande synergie des acteurs. Notre objectif est donc d’impliquer autant les industriels générateurs de déchets de production et les démolisseurs/démonteurs (pour la récupération de matériaux lors du démontage de bâtiments), que les fabricants qui vont exploiter nos panneaux de bois reconditionnés, aussi bien dans la construction que dans l’ameublement ou la décoration.

Les gisements sont là et ils sont importants, mais l’effort de logistique que nous devons fournir est complexe. Pour atteindre les seuils qui nous permettront de garantir l’accès à cette ressource, il faut donc qu’un maximum d’opérateurs s’approprient ce matériau de seconde vie». 

Des collaborations pleines de promesses

Très naturellement, Benoît Hargot et son équipe se sont donc rapprochés du cluster circlemade.brussels et des acteurs bruxellois de l’économie circulaire, en se positionnant comme fournisseurs d’un matériau recyclé de haute qualité grâce auquel ces derniers peuvent concevoir de nouvelles gammes de produits.

Un exemple est la collaboration mise en place avec la société Regglo, assez illustrative de cette symbiose et de son potentiel de développement.

Timothy Doig, l’un des fondateurs de Regglo : « Pour notre fabrication de mobilier de bureau, nous utilisions essentiellement des cloisons de récupération en aggloméré. Mais nous étions demandeurs de nouveaux matériaux issus du réemploi pour pouvoir étendre notre gamme et proposer de nouveaux designs.

Le bois CLT proposé par Benoît et son équipe, c’est une très bonne solution, tant pour ses qualités physiques (il est plus rigide et plus épais) que pour son rendu esthétique. Cela nous permet de combiner les matières en donnant à nos produits généralement blancs une touche bois plus chaude. »

Très vite, Circular CLT s’est donc imposé comme un fournisseur intéressant pour Regglo à condition, bien sûr, que la filière se pérennise.

Timothy : «Cette première collaboration est donc un vrai succès. Cela étant, pour que nous puissions développer durablement cette nouvelle gamme de produits, il faut que ce soit un matériau sur lequel on pourra compter pendant plusieurs années. Nous sommes donc évidemment très intéressés à ce que les projets de Circular CLT fonctionnent le mieux possible.

Nous avons cette expérience avec l’aggloméré, à savoir que plus on en demande, plus on l’utilise, et plus on montre qu’on peut faire des choses avec, y compris d’ailleurs avec des concurrents. C’est important qu’il y ait un maximum de projets qui utilisent ces panneaux pour que les constructeurs, et surtout les déconstructeurs, les entreprises générales, se rendent compte qu’il faut arrêter de jeter, qu’il y a une filière, qu’il y a des débouchés que les entreprises peuvent exploiter.»

D’autres collaborations se montrent tout aussi prometteuses comme celle avec la coopérative Gilbard. Ainsi le bois de récupération de Circular CLT a permis le développement d’une collection de mobilier tels que tabourets, chaises, tables dont la particularité est d’être produite en petites séries. Colin Roustan, coopérateur chez Gilbard : « La collaboration avec Circular CLT nous permet d’avoir accès à une source de matériau fiable garantissant la qualité et la durabilité de chaque pièce. »

La consolidation de cet écosystème constitue donc véritablement un enjeu clef pour Circular CLT qui en a fait un axe central de sa stratégie de développement. Sa mise en œuvre se traduit notamment par l’élaboration d’un catalogue de produits, mais aussi par la création d’un label dédié qui permettra de reconnaître et valoriser les acteurs impliqués dans cette dynamique.

Autant d’initiatives qui tracent une voie claire vers une économie circulaire capable de peser significativement en faveur de la préservation des ressources naturelles et de contribuer à la lutte contre les dérèglements climatiques.

Visitez les sites web de : circular CLT, Regglo et Gilbard